Pourquoi la Kabylie finira par demander la scission… Réflexion de Nourredine Boukrouh

Synthèse de la réflexion publiée, hier jeudi 8 avril, par l’acteur de la vie intellectuelle et politique algérienne, Nourredine Boukrouh, sur sa page facebook…

L’ALGERIE SANS LA KABYLIE / Par Nour-Eddine ‎Boukrouh

Le 4 janvier 2016 je publiai dans « Le soir d’Algérie » une tribune intitulée « ET SI TOUTE L’ALGÉRIE ‎AVAIT ÉTÉ LA KABYLIE ? ».

‎Aït Ahmed venait d’être inhumé à Aïn-al-Hammam et le pouvoir avait délégué pour le représenter ‎à la cérémonie les présidents des deux chambres, le Premier ministre et d’autres, mais leur cortège ‎a été bloqué à des kilomètres du lieu de l’enterrement et eux sommés de faire demi-tour par une ‎population qui ne voulait pas de leur présence à l’évènement, jugée indécente.

Ce jour-là, cette ‎semaine-là, la Kabylie avait mis au piquet le pouvoir.‎

Après avoir noté que « l’exemple nous vient souvent de cette Kabylie qui nous donne ‎périodiquement des leçons à méditer profondément », j’avais conclu mon écrit par cette phrase : ‎‎« Si toute l’Algérie avait été la Kabylie, combien resterait-il à vivre au pouvoir ? ».

‎Trois ans plus tard éclatait le « Hirak » (…)

(…) la région centrale du pays, la Kabylie, qui n’a pas élu l’actuel président, qui n’a ‎pas approuvé l’actuelle Constitution, et qui ne va pas être représentée dans les prochaines ‎Assemblées va se retrouver en apesanteur, sans orbite, sans amarres avec l’Algérie.‎

Si le pouvoir est incapable de comprendre qu’il est en train de détacher en pointillés la Kabylie, qu’il ‎va l’acculer à la sécession à long terme, il faut lui faire un dessin. Je répète donc : l’Algérie sans la ‎Kabylie est apparue clairement à la vue – à moins d’être aveugle – avec la non-participation de cette ‎région à l’élection présidentielle, puis avec l’acceptation par le pouvoir des résultats du référendum ‎sur la Constitution sans elle et, bientôt, avec sa non-participation à l’élection législative.

Quand ‎viendra l’heure des élections communales et wilayales (départementales) auxquelles elle ne ‎participera vraisemblablement pas, elle aura achevé sa sortie du système institutionnel algérien.‎

(…)

Je repose ma question de janvier 2016 en la pointant sur la conscience algérienne : « Si toute ‎l’Algérie avait été la Kabylie, combien resterait-il à vivre au pouvoir ? La réponse est entre vos ‎mains, Algériens et Algériennes des autres régions et de tous bords politiques et idéologiques. ‎

La Kabylie a fait ce qu’elle devait faire, c’est-à-dire aller jusqu’au bout de son engagement dans le ‎‎« Hirak » pour une Algérie unitaire et meilleure. A vous de voir ce que vous devez faire pour qu’elle ‎soit aujourd’hui l’incarnation de toute l’Algérie et éviter ainsi son exclusion de l’ensemble national. ‎

Il ne faut pas laisser le pouvoir la chasser de la Constitution, du Parlement et de la gestion de ses ‎collectivités locales. Il ne faut pas la livrer à un face-à-face extrêmement dangereux pour l’avenir du ‎pays. Nous devons, d’une frontière à l’autre du pays, refuser l’idée que l’Algérie puisse se ‎retrouver un jour dans une guerre de sécession.

‎Que vont être obligés de penser les forces vives de la Kabylie, ses figures politiques, intellectuelles ‎et artistiques, ses centaines d’associations actives dans la région, le reste du pays et la diaspora ? ‎

Quelle sera leur réaction collective quand ils seront tous gagnés par le sentiment d’avoir été ‎chassés de la vie du pays parce qu’ils ont manifesté aux côtés de leurs concitoyens pour la ‎réalisation des idéaux de la Révolution du 1er Novembre 1954 ?‎

Ils se replieront sur eux-mêmes, chercheront à s’organiser avec leurs propres moyens, rêveront ‎d’un autre avenir et voudront le construire comme alternative au sort que leur aura fait le pouvoir.

‎Une conscience nouvelle apparaîtra et se développera en eux au fil des mois et des ans, donnant à ‎penser à chaque Kabyle de Kabylie, du reste du pays et de la diaspora qu’il n’est pas concerné par ‎les lois votées par une Assemblée nationale qui ne le représente pas.

Il ne leur restera de liens ‎officiels avec l’Algérie que la présence des forces de l’ordre en qui ils finiront par voir des geôliers.

Ce n’est pas l’attitude du pouvoir envers eux qui les touchera le plus, ils connaissent sa cruauté ‎pour l’avoir déjà subie, et savent de quoi il est capable pour maintenir le pays à sa botte. Ce qui les ‎décevrait, les blesserait, les désespérerait, c’est l’indifférence de leurs compatriotes des autres ‎wilayas, leur lâchage, leur désolidarisation.‎ (…)

Noureddine Boukrouh, Texte intégrale


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