ENTV, “110 M€ de Budget, 800 journalistes que personnes n’écoute !” : Diagnostic du Pr Boudjemaa

Dans son édition de jeudi 18 mars, El Watan rapportait dans une interview l’analyse du Professeur à la faculté des sciences de l’information et de la communication d’Alger et auteur de plusieurs articles scientifiques et d’ouvrages, Redouane Boudjemaa. Il répondait entre autres à une question portant sur les médias publics…

El Watan : Le verrouillage des médias publics, notamment, n’est-il pas préjudiciable à l’image du pays ?

Pr Redouane Boudjema : Un vrai gâchis ! C’est le terme adéquat pour qualifier une synthèse et tirer le bilan de la (non)-performance des médias publics. Que dire d’autre s’agissant de titres de la presse publique aux budgets astronomiques, que personne ne lit ? Que penser de cette télévision publique qui dispose de 4000 salariés et qui continue de recruter ? Cette télévision emploie plus de 800 journalistes, dont beaucoup sont payés à ne rien faire, avec un budget annuel avoisinant celui des grandes chaînes d’information internationales.

Nous disposons d’une radio internationale qui diffuse sur FM dans le monde du numérique et de la remédiation entre nouveaux et anciens médias. Je ne parle même pas des radios locales vouées à l’éloge des walis et des chefs de daïra… Faut-il rappeler que dans le monde d’aujourd’hui, des chaînes de télévision et de radio investissent sur les applications numériques pour être suivis partout sur les smartphones ?

Ce monde très actuel est caractérisé par des chaînes de télévision et de radio publiques ouvertes sur toute la multiplicité des opinions dans des milieux très divers, car ces médias contribuent au fonctionnement apaisé de leurs sociétés. Pour ce qui est de la communication internationale, la majorité des Etats disposent de chaînes de télévision et de radio internationales, en tant que support de leurs actions diplomatiques.

Où se situe l’Algérie dans ce monde ? L’Algérie, pays-continent, ne possède pas de chaîne de télévision internationale, ni en arabe, ni en français, ni en anglais, ni en espagnol. Pourtant, il ne fait aucun doute que le plus grand pays d’Afrique a besoin de supports de communication internationale au Maghreb, en Afrique, dans le monde arabe, en Europe, en Amérique du Nord et latine.

Ce constat de carence est celui de l’échec de la politique de communication et de la politique diplomatique. Échec que l’on mesure quand on rappelle que l’Algérie de Bandung a réussi avec quelques dizaines de journalistes, avec de petits supports de communication, alors que l’Algérie de 2021 échoue malgré des milliers de journalistes et des centaines d’appareils médiatiques anesthésiés par les manipulations et les milliards de la rente.

ENTV, 110 Millions d’euros de budget pour 2021 !

Rappelons enfin, que le budget consacré à la télévision publique algérienne au titre de la loi de finance 2021 est de 110 millions d’Euros, puisés du trésor public. Des dizaines de sites d’information algériens, de leur côté, ne doivent leur survie financière, qu’à la politique touristique tunisienne qui les soutiens via la publicité d’organisme touristiques.


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