“Retour de l’influence salafiste en Afrique du Nord et tentatives minoritaires de quitter l’islam” (CNRS)

‘Au sein des sociétés d’Afrique du Nord exposées à des dynamiques complexes de sécularisation, le retour au conservatisme religieux s’accompagne de tentations minoritaires de sortie de l’islam sunnite ».

C’est ce qu’estime Karima Dirèche, historienne et directrice de recherche au CNRS, dans un entretien au « Monde » paru le 18 novembre.

Karima Dirèche, directrice, entre 2013 et 2017, de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), fait un constat pour le moins inattendu. Selon elle, « l’érosion des partis islamistes en Afrique du Nord » est accompagnée d’un « retour très fort de la religiosité et de l’islamo-conservatisme, mais sur un mode apolitique ».

« Ces nouvelles expressions de la religiosité sont influencées par ce qu’on appelle la dawla salafiya, c’est-à-dire l’école du salafisme quiétiste », explique l’historienne. Et d’ajouter : « Ces expressions sont confortées et alimentées par les régimes qui en font une arme de neutralisation des tenants de l’islam politique, susceptible de les concurrencer, et surtout qui relaient un islam d’État imposé dans les années 1980 ».

Karima Dirèche qui, pour rappel, a dirigé l’ouvrage collectif « L’Algérie au présent, entre résistances et changements », explique que, pour les trois sociétés (algérienne, marocaine et tunisienne), la déception à l’égard de l’islam politique a ouvert la voie au salafisme quiétiste, apolitique, cultivant le consensus social, loyaliste et révérencieux à l’égard de l’État ».

Des offres religieuses émergent de l’intérieur et de l’extérieur de l’islam

L’historienne a, en outre, évoqué un sujet des plus sensibles : le fait qu’il y ait de nouvelles offres religieuses en Afrique du Nord. « Dans leur écrasante majorité, les sociétés maghrébines sont de rite malékite […], même s’il existe une petite diversité religieuse avec les ibadites », explique-t-elle, notamment « dans la région du Mzab algérien » ou dans « l’île tunisienne de Djerba ».

« Le Maghreb n’est pas familier de la pluralité religieuse. Toutefois, cette homogénéité se révèle plutôt poreuse à l’égard de nouveaux courants religieux étrangers, lesquels font l’objet d’une très grande méfiance de la part des États », assure Karima Dirèche. Et d’ajouter : « Ces nouvelles offres qui travaillent le Maghreb peuvent émerger de l’intérieur de l’islam comme de l’extérieur ».

L’historienne, en guise d’exemple, cite l’apparition, depuis les années 2000, en Algérie, les ahmadis, dont la croyance est classée par l’Organisation de la conférence islamique (OCI) comme « secte non liée à l’islam », ce qui a valu à ce courant d’être persécuté dans le monde musulman pour hérésie. « En Algérie, rappelle-t-elle, les ahmadis – quelques milliers de personnes – ont fait l’objet de nombreux procès qui ont abouti à de lourdes condamnations ».

Pour les offres extérieures à l’Islam, Karima Dirèche cite celles proposées par les courants néo-évangéliques qui perturbent le paysage religieux maghrébin depuis environ trois décennies. « Ils sont liés à cette nébuleuse d’institutions protestantes charismatiques mondialisées : pentecôtistes, méthodistes et Témoins de Jéhovah », assure l’historienne qui, néanmoins, précise : « évidemment, ils n’ont rien à voir avec les Églises catholiques et protestantes issues du temps de la colonisation ».


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Un commentaire sur ““Retour de l’influence salafiste en Afrique du Nord et tentatives minoritaires de quitter l’islam” (CNRS)

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  1. Me lire suffirait ! depuis 10 ans , je n’ai cessé d’alerter sur la religiosité débridée ou décérébrée dont l’Algérie (porte drapeau ) et le pourtour méditerranéen sont devenus le point le plus névralgique . L’épicentre de toute tentative de mobilisation religieuse , meme en affiliant des frivolités sont itératives . Le recrutement est assez pléthorique que l’analyse ne permet pas à ce jour de définir cette orientation certaine vers des paradigmes violents et générateurs d’une subversion ……………..à venir . L’absence de frontalité accouche d’une fertilité dans des sociétés aussi sclérosées avec des injections du fiel religieux qui a produit des métastases incurables et l’inertie atone des ressorts sociaux permet des fragmentations prochaines décadentes et non mesurables à ce jour .Aussi, la multitude de prophétes dispersés dans la ruralité profonde ingurgitant un langage incompréhensible et le semant au premier afin de permettre une anarchie future a la moindre secousse ……….économique . Quand la bise et la brise furent venues , charriant des phénomènes par delà inconnus , l’asocial sera le chambellan du désespoir . La crise actuelle remet les clés de révolutions en devenir qui emportement les fragments arabo-musulmans qui s’empressent à le revendiquer .

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