“J’étais Hirakiste en 2009, et vous ?”: Yasmina Khadra répond aux “Hirakistes Moubarek” de 2019…

Attaqué de toute part et critiqué pour « son manque d’implication dans le débat national », le Romancier, Yasmina Khadra répond à ses détracteurs via sa page facebook, ce mardi 26 juillet 2022…

Il écrit :

A ceux qui me trouvent transparent, en dépit de mon bronzage prononcé. Le Hirak, je l’ai soutenu de toutes mes forces et je l’ai accompagné jusqu’au bout. Les détenus, j’ai dénoncé leur arrestation plusieurs fois sur ma Page, dans la presse écrite et la Télé.

J’ai toujours réagi lorsque le malheur frappe notre patrie, j’ai parrainé une dizaine d’initiatives pour la collecte de fonds en soutien aux incendies qui ont ravagé et endeuillé la Kabylie, et pour équiper les hôpitaux lors de la terrible vague du Covid-19 qui asphyxiait nos patients.

J’ai toujours été là pour ceux qui se donnent la peine de me suivre sur les réseaux sociaux. Je m’étais opposé au 3ème mandat de Bouteflika alors que je dirigeais le CCA. Rappelez-vous ma tribune « Le pouvoir algérien est un zombie ». Et pour m’insurger contre le 4ème, je m’étais présenté aux élections présidentielles de 2014 alors qu’on m’a proposé des postes d’ambassadeur dans un pays de mon choix.

Qu’ont fait certains ? Il m’ont traité de lièvre, d’autres m’ont ri au nez. Nous étions une douzaine de personnes à signer une pétition demandant au président de renoncer au 5ème mandat. C’était en juin 2018. Bien avant le Hirak. Là encore, on nous a ri au nez.

Pour l’amour du ciel, arrêtez de donner des leçons que vous ne retenez pas.

Ce n’est pas de ma faute si les organes de presse, ici et ailleurs, ne me sollicitent pas. J’ai fait et je fais encore ce qu’il m’est possible de faire. Je ne suis pas un chroniqueur, je suis romancier. Je défends ce qui est juste et dénonce l’intolérable. Je suis l’auteur de « Qu’attendent les Singes », qualifié de radioscopie de l’Algérie d’aujourd’hui. L’avez-vous lu ? Non ? Alors de quoi on parle ?

Il n’y a pas plus sourd que celui qui n’écoute que ses propres démons et de plus aveugle que celui qui voit le mal partout lorsque le mal est en lui.

Bien fraternellement, même si l’on peut trouver son pire ennemi au sein de sa propre fratrie.

Que Dieu bénisse l’Algérie.

Extrait de ma tribune parue dans le JDD, il y a deux ou trois semaines, à l’occasion du 60ème anniversaire de notre Indépendance.

« Aujourd’hui, soixante ans plus tard, nous continuons de chercher nos repères. Nous avons tout subi, la vacherie des slogans creux, la tyrannie par moments, l’exclusion par endroits, le terrorisme, nous avons touché le fond, connu l’humiliation, l’injustice, la spoliation, les gouvernements voyoucratiques, la démagogie assassine, l’une des corruptions les plus ahurissantes, exercée comme une seconde nature à tous les niveaux, du portier au directeur, du guichetier au ministre; chaque jour, nous assistons, impuissants et encombrants à la fois, à la fuite éperdue de nos enfants, de nos cadres, de nos élites qui ont choisi l’exil à la déréliction, de repartir de zéro malgré tant de sacrifices, tant de diplômes et tant de patience, mais, au fond de nous, subsiste encore, semblable à une braise récalcitrante, cette brûlure qui nous interdit d’être insensibles au naufrage de notre patrie et de croire que tout est perdu. Nous sommes le peuple-boomerang. Le sort nous catapulterait à travers mille déconvenues que nous finirions par retourner chez nous fleurir nos monuments, renouer avec le serment fait à nos morts et nous reprendre en mains afin que naisse, sur le bassin méditerranéen, un joyau nommé Algérie. Nous sommes le peuple-saumon, les vertiges abyssaux, la féerie des coraux, le clinquant illusoire, l’espace infinie des océans ne sauront guère nous détourner de notre source natale et aucun torrent ne nous empêchera de remonter à contre-courant jusqu’au coeur de notre patrie.

Certes, beaucoup reste à faire après tant de gâchis. Les mentalités sont polluées, l’école et l’université sont quasiment sinistrées, la médiocrité continue de gangréner les secteurs névralgiques de la nation. Plus personne ne croit en personne ni en un idéal, et c’est tout à fait normal après six décennies de mensonges, de népotisme et de clochardisation idéologique. Aucun peuple ne pourrait rester lui-même s’il venait à subir ce que les Algériens ont subi. Mais il arrive, parfois, aux forêts de survivre aux incendies et à la flore que faire d’un terrain vague un jardin d’éden. Il sera ainsi pour l’Algérie, j’en suis absolument convaincu. Maintenant que nous avons touché le fond, et creusé encore et encore, nous sommes obligés d’admettre que notre salut n’est pas là où nous creusons, mais là où il va nous falloir ériger. Nous avions presque atteint ce rêve avec le Hirak, sauf que nos objectifs ne convergeaient pas et ce qui devait nous unir nous a misérablement disloqués. Avons-nous retenu la leçon ? Je l’ignore; ce dont je suis certain est que si nous avons survécu au terrorisme et aux manoeuvres scélérates de vingt ans de règne mafieux, ce n’est point un hasard, mais notre destin.

Aujourd’hui, on parle d’une ère nouvelle, d’une Algérie guérie de ses vieux démons. Je ne demande qu’à le croire, en dépit d’un manque flagrant de projet de société, d’ une gestion catastrophique tous azimuts, des arrestations aussi arbitraires qu’absurdes qui frappent de simples facebookers pleins de rêves pour un pays qui prend l’eau de toute part et qui refuse crânement de couler. J’espère que la raison triomphera bientôt, même si la sagesse est une vertu qui a déserté depuis longtemps cette fantastique terre numide, vivier de tous les espoirs et de tous les paradoxes. »

Yasmina_Khadra, Le 26 Juillet 2022


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