La note de l’ABEF derrière le limogeage de Raouya ? Les deux hypothèses…

Le mardi 14 juin 2022, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a brutalement mis fin aux fonctions du ministre des finances, Abderrahmane Raouya. Et contrairement au cas de l’ancien ministre du transport, Aissa Bekai, qui a été renvoyé en mars 2022 pour « faute grave », la sanction, c’en est une, incontestablement, infligée à Raouya n’a pas été justifiée publiquement.

Le communiqué de la présidence par lequel le limogeage a été annoncé n’en a pipé le traître. Aussi, en l’absence de communication officielle sur les raisons de ce divorce inattendue entre Tebboune et son ministre, les supputations ont fleuri.

Ainsi, le site Twala News relève, dans son édition de mercredi 15 juin, que la plus persistante est celle qui lie le limogeage à la fameuse note de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) qui a enjoint aux banques de geler les domiciliations bancaires des opérations d’importation et d’exportations de et vers l’Espagne, un pays en froid diplomatique avec l’Algérie depuis plusieurs semaines.

Boite postale chargée du dispatching des notes et instructions du ministère des finances pour les banques et établissements financiers, l’ABEF a acquis par la force des choses une quasi-autorité sur les banques. Ses notes ont toujours été exécutées à la lettre. La dernière qu’elle a émise, celle relative au gel des opérations commerciales avec l’Espagne, ne pouvait que l’être aussi, surtout qu’elle a été présentée comme une mesure découlant de la suspension par l’Algérie du traité d’amitié et du bon voisinage signé avec l’Espagne en 2002.

Aussi, n’était-il pas étonnant que les espagnols prennent pour officielle la demande de l’ABEF aux banques et s’empressent d’alerter Bruxelles qui a réagi promptement en demandant à l’Algérie de surseoir à la mesure et de dialoguer avec l’Espagne. Après la réaction de la commission de l’Union Européenne, l’Algérie, par la voix de sa représentation diplomatique à Bruxelles, a nié avoir pris la mesure objet de controverse. Au plan formel, l’ABEF n’est qu’une association.

Cependant, il était difficile de convaincre que l’ABEF ait décidé de son propre chef d’« instruire » les banques d’une mesure aussi engageante et aux conséquences pouvant être multiples et lourdes. L’ABEF a été sinon instruite d’agir de la sorte, du moins elle ne pouvait qu’avoir pris avis avant d’émettre sa note.

Le désormais ex-ministre des finances a forcément été consulté donc, si ce n’est carrément lui qui a actionné l’ABEF. Il y a toute les raisons de le supposer, puisque la fameuse note de l’ABEF n’a pas été dénoncée par Raouya, autrement dit elle a été cautionnée. La question qui se pose cependant, est celle de savoir si Raouya avait agi de son propre chef ou n’avait-il fait que transmettre lui aussi une recommandation (peut-être non écrite) du premier ministre ou d’une autre autorité.

Les langues ne vont certainement pas se délier de sitôt. Mais ce qui sûr c’est qu’il y a eu une précipitation dans la prise de cette mesure qui était censée entrée en vigueur depuis le jeudi 9 juin. L’auteur de l’idée n’a pris en compte les développements que le problème allait connaître. Abderrahmane Raouya a-t-il été sanctionné pour avoir manqué de discernement dans sa prise de décision ou pour avoir obéi dans un excès de discipline ? Dans le dernier cas, il est le fusible qui devait sauter et il a sauté.  

Une autre hypothèse voudrait que le désormais ex-ministre des finances aurait démissionné, ayant été en désaccord avec la mesure de gel des domiciliations bancaires des opérations d’importation et d’exportations avec l’Espagne et qu’il aurait mal vécu que l’ABEF ait été chargée d’instruire la note.

Le bal des ministres…

Rappelé aux affaires depuis à peine 4 mois, Raouya devait, avec ce limogeage, vivre sa deuxième mauvaise expérience au sein de l’exécutif. Désigné ministre des finances dans le gouvernement Djerrad en janvier 2020, il a fait long feu. Il a été renvoyé au bout de cinq mois. Abderrahmane Raouya peut cependant se consoler de ne pas être le seul à encaisser le courroux présidentiel qui, à l’évidence, fait du limogeage un style de gouvernance.

Avant Raouya, les foudres présidentielles se sont abattues sur l’ancien ministre des transports, Aissa Bekai, limogé pour « faute grave ». On n’en sait pas plus sur la nature de la faute, même si les médias pensent que la sanction est venue suite à ses déclarations au sujet du nouveau programme d’Air Algérie.

En juillet 2020, l’ancien ministre du travail Chawki Achek Youcef a connu le même sort. Le chef de l’État, qui se montre impitoyable avec les ministres « pris en faute », ne fait-il pas en fait que corriger ses erreurs de casting ? Lors de l’une de ses rencontres avec la presse, il avait reconnu, rappelons-le, que beaucoup parmi ceux qui avaient acquis une notoriété sur les plateaux de télévision se sont avérés de piètres ministres. Mais est-ce de leur faute s’ils ont été faits ministres ?


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