Algérie – Ministère de la Justice : “Application stricte de la Charia” (Instruction)

Dans sa chronique de ce mardi 30 novembre le journaliste du Soir d’Algérie Slimane Haouari revient sur l’instruction du ministre de la Justice, Abderrachid Tabi, portant sur « l’application stricte de la charia » évoquée et relayée par plusieurs page facebook, ces dernières heures….

La Charia de la République démocratique / Par Slimane Laouari

Sur les réseaux sociaux tourne en boucle depuis une semaine une «information» qui attribue au ministre de la Justice une instruction pour l’application stricte de la Charia. S’il est impossible de confirmer l’écrit, puisqu’on ne l’a retrouvé dans aucun autre support médiatique ou espace officiel, il n’a pas non plus été démenti et ça appelle des questions.

En tout cas, le « fait » est suffisamment important et trop grave pour qu’il soit laissé au «passage des généreux», pour emprunter une expression arabe désignant des dires ou des faits trop futiles pour s’y arrêter, trop dérisoires pour y prêter le moindre intérêt. Ce n’est pas le cas en l’occurrence et c’est le moins qu’on puisse dire. Il y a même un certain embarras à se sentir obligé de démontrer en allant chercher des « arguments matériels pour… prouver que l’Algérie n’est pas une république islamiste !

On pensait donc que c’était une évidence mais manifestement, ça ne l’est pas pour tout le monde. Il y a de plus en plus de monde à le revendiquer, à des fréquences de plus en plus régulières, dans des espaces de plus en plus larges et visibles et à des niveaux de responsabilité de plus en plus significatifs.

Dans les institutions de l’État, on n’est pas toujours dans ce genre de démonstrations mais on n’est jamais dans la réaction logique quand elles se manifestent ailleurs dans les rouages officiels. Un «ailleurs» qui, parfois ,est facilement localisable puisqu’il est à… la maison.

Il peut être dans sa hiérarchie, des collègues du même niveau de responsabilité et même chez ses subalternes. Ces derniers tiennent d’ailleurs l’unique argument par lequel ils peuvent… narguer leurs supérieurs avec une assurance tous risques quant à l’impunité de leurs erreurs et parfois de leurs errements !

Un ami nous disait récemment ceci : vous connaissez un responsable qui… ose sanctionner un employé qui abandonne une tâche, même d’une extrême urgence, pour aller faire sa prière ? Vous connaissez un client qui fait savoir à un chauffeur de taxi qu’il n’est pas obligé de subir les prêches enflammés qu’il écoute en boucle ? Quelqu’un à la FAF, au ministère des Sports ou à un autre palier a réagi aux arbitres qui arrêtent les matchs de foot quand se fait entendre l’adhan ? Vous imaginez une sanction contre les commerçants qui ferment à l’heure des prières ? Vous pensez qu’on va inquiéter les coiffeurs de plus en plus nombreux et audacieux, qui refusent de… raser la barbe aux clients qui en formulent la demande sous prétexte que c’est haram ?

On peut ainsi multiplier les questions mais il y a une seule réponse : NON. Alors, le ministre de la Justice peut ne pas avoir fait cette déclaration. Mais il n’aurait pas surpris beaucoup de monde s’il l’avait faite. Ça n’aurait surtout pas indigné des masses.

Slimane Haouari, Lundi 30 novembre 2021

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