“L’Algérien ne vit psychologiquement plus en Algérie” : Hassene Ouali diagnostique…

Chemin de l’exil / Par Hassene Ouali

De plus en plus d’Algériens songent à quitter le pays définitivement. Ils se projettent désormais dans l’ailleurs. Psychologiquement, ils ne sont plus ici. Certains ont déjà fait le voyage d’adieu. Il n’y a pas seulement ceux qui traversent la Méditerranée clandestinement, quand ils ne périssent pas en haute mer. D’autres Algériens, nombreux et la mort dans l’âme, s’envolent légalement vers des cieux plus cléments. Ils sont médecins, universitaires, chômeurs, artistes, intellectuels, entrepreneurs, hirakistes désabusés ou persécutés, hommes et femmes. Aucun secteur de la société n’échappe à ce chemin de l’exil. Une implacable destinée.

Il est évident que ce mouvement_migratoire muet prendra les allures d’un phénomène massif à mesure que l’ambiance nationale s’exaspère. C’est un mauvais signal. Une alerte sur un état d’esprit collectif et individuel anxiogène aggravé par la peur et des lendemains incertains et angoissants. Signe d’un désespoir qui s’installe. Il est à la hauteur de l’immense espérance suscitée par l’insurrection citoyenne de Février. C’est le grand désenchantement.

Il serait irresponsable de ne pas prendre conscience de cet exode et de ce que vont être ses conséquences sur l’avenir immédiat du pays. Il est encore plus périlleux de ne rien faire pour le stopper ou de ne pas agir intelligemment pour garder ses meilleurs enfants, ceux qui donnent du sens à notre existence. Inutile de tenter de minorer ou de voiler cette vague qui, petit à petit, risque de vider le pays de sa substance.

La dissolution d’une association comme le RAJ, qui incarne une jeunesse combative et intelligente, renforcerait les rangs du départ. Cette décision met fin à une longue histoire forgée dans la douleur et l’abnégation de la génération d’Octobre. C’est une sanction infligée à celles et ceux qui choisissent le périlleux chemin de la résistance et de l’engagement politique et citoyen. Une menace réelle sur les idées d’avenir et du changement. Celles qui éclairent. Un énième avertissement brandi contre celles et ceux qui osent penser et agir différemment. Mais jusqu’où ira-t-on dans cette absurdité ?

Salluste, le Romain, écrivait à propos des Berbères qu’ils “sont un peuple qu’on ne peut soumettre ni par la force ni par la corruption”. Il disait surtout en parlant de Jugurtha, à qui il vouait une admiration, qu’il “faut reconnaître les mérites de ses adversaires et les défauts de ses amis”.

Hassene Ouali / Liberté Dz (Editorial-Actualités) / 14 Octobre 2021


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