“Pourquoi il est souvent épuisant d’être Algérien…”: Hakim Laalam raconte son samedi…

Juste vivre un peu, comme vivent les humains sur cette terre ! Par Hakim Laalam

Scène de la vie quotidienne. Ou lorsqu’un geste banal dans toute ville de n’importe quel pays du monde devient une expédition en Dézédie.

Samedi. Jour de congé pour les banques. Muni de ma carte de retrait, je pars en quête de quelques sous pour faire les courses. Pour vivre, tout simplement ! J’ai fait le tour de cinq distributeurs dans ma ville. Ma ville n’est pas une grande ville. Elle n’est pas non plus une petite ville. C’est une ville moyenne de Dézédie, excusez-moi pour cette porte ouverte défoncée !

Trois distributeurs en panne. A l’arrêt. Les deux autres n’étaient pas alimentés en biffetons, selon les dires des gardiens de permanence dans ces agences, un samedi. Retour bredouille à la maison, penaud face à mon frigo vide et roulant de gros yeux de me revoir ainsi, les mains vides.

Alors, colère ! Pas une colère politique. Pas une colère analytique. Pas une colère structurée. Non ! Juste cette colère sourde de constater une fois de plus qu’un geste simple, banal sous tous les cieux de la planète devient une quête impossible chez moi.

Je ne demandais pas l’aumône à ma banque. Ni aux autres banques que les pubs et les discours officiels me décrivent pourtant comme « interconnectées ». Juste mon argent. Un argent que je dépose dans ma banque. Que je ne garde pas dans un bas de laine ou en polyester. Et tout de même cette profonde perplexité face au décalage.

D’un côté, les DAB qui me disent brutalement, en clignotant d’aller me faire pendre ailleurs. De l’autre, des discours flamboyants sur le e-commerce, la généralisation des distributeurs à l’échelle nationale, les start-up, la numérisation, la digitalisation et autres joyeusetés se terminant presque toutes par « ion ». Des ions négatifs, j’en ai produit des tonnes ce samedi. Mais les commerçants n’acceptent pas de se faire payer en ions négatifs. Certaines échoppes sont équipées de terminaux, mais peu, très peu dans ma ville moyenne. Du coup, autre quête, autre mission : chercher l’épicier qui dispose de ce fameux terminal, en priant que le bidule soit en état de fonctionnement.

Il est parfois épuisant d’être dézédien. Souvent même. Une vie schizophrène, écartelée entre les paroles fantasmagoriques et virtuelles du tout numérique et un réel où manger et vivre n’est pas réglé sur le temps capricieux de la personne ou de l’institution financière chargées d’alimenter régulièrement et en continue un DAB.

Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

Hakim Laalam – Le Soir d’Algérie – Le 12 Juillet 2021


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