“La Banque islamique est sujet aux intérêts du Dollars !” : L’ex Gouverneur de la BA met à nu l’Arnaque !

Finance islamique : le gros pavé dans la mare de Abderahmane Hadj Nacer

Pour des considérations religieuses, beaucoup d’Algériens ont recours seulement aux services des banques islamiques, dont les produits sont censés être conformes à la charia. Devant la très forte demande, et pour aussi récupérer une partie de la masse monétaire qui circule dans l’informel, le gouvernement a autorisé les banques publiques à lancer des produits de la finance islamique.

La disposition est contenue dans la Loi de finances 2020. Jusque-là deux banques privées, Al Salam Bank et Al Baraka Bank, offraient ce genre de produit.

Trente ans après l’entrée en Algérie d’Al Baraka Bank, celui qui l’a agréée en sa qualité de gouverneur de la Banque d’Algérie à l’époque (1991), jette un pavé dans la mare en affirmant que tous les produits considérés actuellement comme entrant dans la finance islamique ne sont en fait pas conformes à la charia.

Dans un entretien au journal la Nation, Abderrahmane Hadj Nacer explique par des mots simples qu’il ne peut pas y avoir de finance islamique en l’absence d’une monnaie islamique. « On ne peut pas construire un système de financement islamique. Aujourd’hui, toutes les monnaies se réfèrent au dollar dont le prix est fixé par son taux d’intérêt et celui-ci n’obéit pas à des critères compatibles avec le Coran », lâche-t-il. Autrement dit, les produits considérés actuellement par les Algériens comme licites du point de vue religieux, ne le sont pas.

L’ancien gouverneur de la BA définit d’abord le concept de finance islamique. « C’est une économie basée sur l’interdiction de la rente ou de spéculation. C’est le risque partagé : je te prête de l’argent, je suis prêt à gagner beaucoup, mais je suis aussi prêt à perdre beaucoup avec toi. Ça, c’est le principe de base », dit-il.

Et d’expliquer pourquoi ce qui se fait actuellement ne peut être considéré comme étant conforme à l’Islam : « C’est parce que tous les produits sont garantis et non pas des produits de risque, or dans l’islam, la garantie est interdite. La preuve, les assurances sont interdites à cause de cette notion de garantie. Il a fallu expliquer que l’assurance n’est pas une garantie mais une prise de risque pour arriver à la ‘takafoul’ (…) L’économie islamique, c’est toujours le partage du risque. Si non, c’est le riba. L’islam interdit de faire l’argent sans rien faire (…) »

Il ajoute : « On gagne l’argent si on partage le risque. Moi, mon métier est de fructifier de l’argent, mais je parie sur vous, donc je prends un risque, non. Mais si je vous dis donnez-moi votre bien que je le garde à la maison, là, je ne parie pas et je suis dans le riba. L’islam interdit l’accumulation pour l’accumulation ».

Pourquoi une banque « islamique » a été agréée il y a 30 ans

Même dans le cas où ces principes viendraient à être appliqués, cela ne rendra pas les produits proposés plus conformes, ajoute l’économiste. « Supposons qu’on soit dans le cas d’une banque qui partage le risque, un banquier qui se dit, moi je suis un bon musulman, donc je prends le risque. Même lui, il ne peut pas le faire parce que l’argent doit toujours circuler. Mais cet argent, je suis obligé de le faire circuler par la Banque centrale. Une banque obligée de le faire circuler dans le monde. Toutes les monnaies du monde, l’euro, le yen, le rouble…etc. transitent par le dollar. Or l’étalon du dollar c’est le taux d’intérêt. Donc, tant qu’il n’y a pas d’étalon international islamique, il ne pourrait y avoir de banques islamiques puisque, de toute façon, il est régi par taux d’intérêt ».

Mais pourquoi alors avoir agréé une banque « islamique » qui ne l’était en fait pas ? L’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie l’explique par le contexte de l’époque marqué par la montée dans les années 1980 d’ « une espèce de pratique religieuse très primaire, très simpliste » issue de la « mésinterprétation » salafo-wahhabite où les gens considéraient que le taux d’intérêt était l’usure (Riba) », et l’ « arabisation brutale ».

« Commercialement, nous avions des clients et donc il fallait leur donner un produit qui corresponde à leurs besoins et pour que cet argent ne soit pas détourné. Et puis, j’avais en tête autre chose. On travaillait pour la convertibilité du dinar pour fin 1992. Et donc, vous vous souvenez ou pas, on avait sorti le dinar or, un dinar or, deux dinars or, cinq dinars or. Pourquoi le dinar or ? Bien sûr, le dinar or avait plusieurs fonctions, celle culturelle, pour que nos mères, nos sœurs, au lieu de porter des Mahzmates (ceintures en or) avec des médailles à l’effigie de Napoléon, elles les portent avec celle de Massinissa. C’est un aspect très important, mais il y a d’autres aspects, en faire un autre moyen de thésaurisation ».

Abderrahmane Hadj Nacer explique aussi que « l’idée était de vendre une monnaie convertible, d’introduire la première monnaie convertible qui était le dinar d’or, parce que l’or, de toute façon, est convertible. Mais l’idée, aussi, était de créer une unité de compte internationale sur laquelle pouvait se baser une monnaie islamique et capter ainsi une partie de l’immense capacité de thésaurisation et de transaction musulmanes »

TSA, Le 14 Février 2021


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