Tribunal de Sidi Mhamed : 1200 Milliards $ dilapidés, Aucune preuve de corruption contre Said Bouteflika et son personnel…

« Pourquoi avoir donné de l’argent à votre fils ? ». Cette question posée par le Juge du Tribunal de Sidi Mhamed à l’un des acteurs qui auront dilapidé plus de 1200 milliards de dollars en 20 ans, l’ex-premier ministre, Ahmed Ouayhia, résume à elle seule le niveau du Juge, voire la volonté de la Justice qu’il représente de juger les corrompus du système Bouteflika.

Tranquille, Ouayahia répond : « J’ai donné de l’argent à mon fils comme le font tous les pères ».

Que retenir du premier jour de ce qui est présenté comme le procès du siècle dont a été le théâtre le tribunal de Sidi Mhamed mercredi 4 décembre ?

Plusieurs éléments font dire aux observateurs qu’il ne s’agit là que d’une parodie de Justice : sont cités entre autres :

  • « Les frères Bouteflika, Abdelaziz et Saïd, ne seront que très peu cités ».
  • La Justice n’a pas été en mesure d’apporter « la moindre preuve » de corruption que ce soit de l’ex-président, son frère ou leur personnel.
  • L’apeuprisme des questions posées par le Tribunal, sans chiffres, sans fond, qui se contente de questions à l’emporte pièce, qui démontre, soit l’amateurisme, soit la volonté de bâcler le procès qui partant pourra être rejugé en appel (après les élections) et aboutir à une relaxe.    

Dans son édition du mercredi 4 décembre, le site TSA rapportait plusieurs incroyables faits et interventions de la première journée du procès :

Premier jour du procès de Sellal et Ouyahia : « Ce n’est pas moi, c’est lui » / Par TSA

Que faut-il retenir de cette première journée du procès de plusieurs anciens hauts responsables de l’État et hommes d’affaires ? D’abord que le grand déballage attendu n’a pas eu lieu. La présence à la barre de deux Premiers ministres qui ont cumulé près de 15 ans à la tête de l’exécutif sous Bouteflika ainsi que d’hommes d’affaires qu’on disait proches de l’entourage de l’ancien président, avait laissé penser que le procès allait être celui du système qui a dirigé l’Algérie ces vingt dernières années. Il n’en sera rien, ou presque.

« Les Bouteflika très peu cités… »

Les Bouteflika, Abdelaziz, le président, ou Saïd, son frère et conseiller considéré comme le détenteur du pouvoir réel au moins depuis 2013, ne seront que très peu cités. Pourtant, cliché ou réalité, l’opinion s’est fait son idée sur la manière dont se passaient les choses au sommet de l’État et dans la sphère des affaires : le frère du président ordonne d’ouvrir toutes les portes à ses amis et les plus hauts responsables de l’État s’exécutent.

Les réponses des accusés aux questions du juge ne corroborent hélas pas un tel schéma. C’est l’omerta, à moins que ce ne soit la stratégie choisie pour leur défense, car reconnaître qu’ils ont exécuté les instructions de Saïd Bouteflika, qui n’avait aucune qualité légale pour le faire, c’est avouer une grave défaillance qui les enfoncera. Le seul rôle attribué au frère du président c’est d’avoir désigné Abdelmalek Sellal comme directeur de campagne pour le cinquième mandat avorté. C’est le concerné lui-même qui le dit à la barre.

C’est pas moi, c‘est Bouchouareb qui est en … France !

À défaut donc de charger celui qui purge une peine de 15 ans à la prison militaire de Blida pour d’autres faits, on a tout mis sur le dos de l’autre grand absent : Abdeslam Bouchouareb, le ministre de l’Industrie (2014 – 2017) qui a lancé la filière d’assemblage de véhicules, objet même du procès avec le financement illégal de la dernière campagne électorale de Bouteflika. Bouchouareb est cité comme accusé mais il est en fuite à l’étranger d’où il aurait envoyé un certificat médical, « psychiatrique » dit-on, pour justifier l’impossibilité de se présenter.

« Ce n’est pas moi, c’est lui » est l’autre stratégie de défense que semblent avoir adoptée quasiment tous les accusés. Certains désignent leur prédécesseur ou leur successeur, d’autres encore leurs subalternes.

Abdelghani Zaâlane

Abdelghani Zaâlane, poursuivi pour des irrégularités dans les comptes de campagne de Bouteflika, affirme que les financements ont été faits avant qu’il prenne la direction de la campagne en remplacement de Abdelmalek Sellal qui, lui, rejette tous sur ses collaborateurs, assurant qu’il signait des documents sans les lire.

Yamina Zerhouni

Mme Zerhouni, ancienne wali de Boumerdès, assure que c’est son prédécesseur qui a attribué un terrain à l’homme d’affaires Baïri… Mahdjoub Bedda rappelle aussi qu’en arrivant au ministère de l’Industrie, les autorisations (pour les usines de montage) avaient déjà été attribuées et qu’il est le premier à avoir dénoncé une « importation déguisée ».

Le Tribunal n’a pas pu démontrer la moindre trace de corruption !

Des déclarations des prévenus ressortent aussi deux grosses anomalies : le manque de clarté des responsabilités dans le gouvernement et l’administration ainsi que la légèreté avec laquelle certains dossiers lourds sont expédiés.

Concernant la corruption proprement dite, l’opinion est restée sur sa faim. L’accusation n’a pas présenté la moindre preuve qu’un des prévenus à réellement perçu une contrepartie financière pour les largesses accordées aux hommes d’affaires, mis à part peut-être l’introduction sans apport du fils de Sellal comme actionnaire dans le groupe Mazouz.

On a entendu le juge interroger Ouyahia sur les affaires de sa femme et de son fils, les mouvements dans ses comptes bancaires (30 ou 300 milliards de centimes, le chiffre reste à confirmer), Mahdjoub Bedda sur une maison d’édition qui lui appartenait et un compte de 11 millions de dinars. Les réponses étaient peu convaincantes certes, mais il n’y a pas eu d’accusation franche de corruption, encore moins d’aveux.

À retenir aussi ce chiffre d’indécent qui illustre le zèle de certains à servir le puissant du moment : un homme d’affaires a mis à lui seul 39 milliards de centimes dans la campagne pour le cinquième mandat.


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