Retourner le fleuve détourné ! Par Hakim Laâlam

Mourir pour le cachir, d’accord, mais de mort lente, d’accord !  
Poème de l’Auvergnat

Je rédige un mercredi. Pour être publié le jeudi. Le vendredi 1er mars, c’est demain. Je ne sais pas comment va se dérouler la manifestation. Je ne peux pas le savoir. J’entends ici ou là que cette journée du vendredi sera déterminante pour la suite. C’est là, justement, où j’ai un avis différent.

Perso, je n’ai presque plus besoin d’attendre le 2e vendredi. Presque pas, wallah ! Parce que, dans mes oreilles, le vacarme formidablement emplissant du mur de la peur qui s’est effondré le vendredi 22 m’emplit encore les oreilles et le cœur et les jambes. Même si les jambes ne suivent plus, forcément. Il est désormais écrit dans l’Histoire toute fraîche de la 2e République dézédienne qu’il y aura un avant et un après 22 ! Sauf à vouloir un bain de sang, rien ne pourra être comme avant.

Sauf à souhaiter le chaos pour le pays, celui ou ceux qui dirigent encore cette contrée ne peuvent pas faire comme si le cours tranquille de leur non-gouvernance n’avait pas été détourné. Le Fleuve détourné !

Je suis sûr que Rachid Mimouni aurait aimé voir les foules récupérer les bras détournés de ce fleuve, détournés dès l’aube de l’indépendance et leur imprimer de nouveaux cours, des bras neufs, des voies inexplorées et impétueuses de créativité. Rachid aurait aimé ! Alors, oui ! L’histoire du nouveau fleuve est déjà écrite.

Il pourrait ne rien se passer demain, que tous nous soyons frappés d’interdiction de sortir et de respirer que le battement de la rue reconquise continuera ! Il ne sert à rien, comme ils le font à tour de postillons, de nous menacer du haut de leurs estrades et promontoires d’opérette et de «m’ssamriïâtes». «Alli yederbak may’goulek ! » Celui qui veut te frapper, ne te prévient pas, traduit grossièrement dans le parler de bladi.

J’écris mercredi. Pour être publié jeudi. Mais déjà, avant même d’ouvrir les yeux vendredi, je puis vous jurer deux choses : je n’ai plus peur de la suite ni ne craint pour le battement lourd du cœur de la rue. Et samedi, ensemble, nous fumerons encore du thé pour rester éveillés à ce cauchemar qui continue.
H. L.

P. S. : une pensée aujourd’hui pour un grand homme. Le 26 février 2018, s’en allait Abdelhak Bererhi. Sa voix au téléphone, ou lorsqu’il passait nous voir dans les salles d’audience, les jours de procès ou les soirs de justice nocturne, résonne encore dans ma tête. Il me manque. Beaucoup.
Le Fumeur de Thé

Lire aussi :  Je vais marcher, « ils » vont courir / Par Kamel Daoud

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Create a website or blog at WordPress.com Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :